Du Voyage Vers Cursac
Par Honorius le 01 avril 2008, 14:50 - De la Saga - Lien permanent
Flavius Phlegeton, filius Aproctum, scholae Flambonis
Ad Aesculeti Interae Pedes, ex Doisseteppes
Terres du Chevalier de Rochebrune, Limousin
Tribunal de Provence de l’Ordre d’Hermès
...
Le 19 juin de l’an de grâce 1212
A l’honorable Quaesitor du Tribunal de Provence
Salve !

e souhaite par la présente
signaler au distingué Quaesitor du Tribunal de Provence de l’Ordre d’Hermès des
faits potentiellement sensibles ayant trait à notre région, et apparemment à
une membre supposée de notre Ordre bien-aimé. Il nous appartient d’y mettre bon
ordre avant que les choses ne s’enveniment. J’essaierai de vous livrer autant
de détails que possible, pardonnez-moi donc si vous pensez que je gaspille de
votre précieux temps.
e 14 juin dernier, accompagné par le
valeureux et anonyme compagnon de l’un des Mages de notre Alliance (Sire Osric,
doctrinae Bjornaeris), j’ai escorté le Chevalier Wilfried Dardenard, Noble
responsable de la sécurité de nos murs, lors d’un bref voyage à travers notre
beau Limousin. Nos pas nous ont mené vers les terres contestées de Cursac, où
partisans du Roy de France et Brabançons à la solde du Roy d’Angleterre et du
Duc d’Aquitaine – avec l’assentiment tacite de l’évêque de Limoges, dit-on – se
livrent une guerre larvée pour la conquête du territoire… Nos affaires céans
n’avaient bien évidemment pas trait à ces luttes intestines, mais il se peut
que nous y ayons été mêlés à notre corps défendant.
ous arrivâmes à la nuit tombée dans ce
petit village désolé, comme exsangue de ses habitants, alors que le ciel
annonçait un impressionnant orage aux pluies cinglantes. Nous allâmes frapper à
l’huis de la Commanderie qui honore ce village de sa Spirituelle présence. Las,
on nous refusa purement et simplement l’asile. Je puis comprendre que le Don
effraie de Pauvres Chevaliers du Christ, je ne me formalisai donc pas outre
mesure. Nous pûmes occuper l’une des nombreuses maisons abandonnées et nous y
abriter pour la nuit.
Un premier évènement nous alerta : à la veillée, le Compagnon de Sire
Osric, que je n’ai jamais entendu proprement nommé mais qui a lui-même servi
chez les Templiers, fut terrifié par la Vision d’un gigantesque Dragon noyant
les terres de Cursac dans un ouragan de flammes délétères. Etant moi-même doté
de certaines facultés innées en la matière – je parle de clairvoyance bien
entendu, je ne pus m’empêcher de porter crédit à la vision de mon ami, mais ne
cherchais pas à en percer le sens, peut-être distrait par l’évocation de la
Mythique créature… Notre étrange ami évoqua cependant une malédiction sur ces
terres durant sa transe.
Mais le matin vit le Chevalier Wilfried, d’ordinaire volontaire et dur à la
tâche, en proie à un désarroi très surprenant (et je dois signaler que mon
autre compagnon de voyage se révéla souffrir du même mal à son réveil plus
tardif). Je pris quelque moment pour tenter de réconforter ce valeureux Homme
d’Armes, et comprendre ce qui n’allait pas chez lui. Au cours de notre
entretien, il me révéla que son sommeil avait été perturbé par un cauchemar
d’une rare intensité, dont j’ai promis à Sire Wilfried de ne rien révéler du
contenu précis car il touchait des matières très intimes, mais dont je puis
vous dire qu’il éprouva les fondements mêmes de sa Foi chrétienne au point de
le bouleverser. N’oubliez pas que nous évoquons là un courageux guerrier, peu
sujet à la sensiblerie mal placée.

ous restâmes deux jours dans
Cursac et sa périphérie pour déterminer les causes de ces évènements peu
naturels. Nos différentes rencontres avec la populace anémiée de ce pauvre
village nous apprit qu’il avait autrefois été florissant, mais que depuis
environ deux ans, sa population avait diminué graduellement, jusqu’à ne laisser
qu’un pâtre, une vieille dame et sa petite fille, un vieil homme nommé
Guermond, et les neuf Frères de la Commanderie pour veiller à la pérennité de
cette communauté… Nous apprîmes aussi que le désespoir qui semblait s’être
emparé de l’esprit de Messire Wilfried après son cauchemar, s’acharnait en fait
sur l’ensemble de la population depuis tout ce temps, Templiers compris (les
jeunes Frères en particulier, mais tous reconnurent avoir souffert, à
l’exception des deux plus vénérables d’entre eux). L’Aura Divine pourtant
puissante du lieu ne les protégeait donc que partiellement, au mieux.
ous finîmes par comprendre que cette
malheureuse communauté était placée sous l’égide fétide du Malin, via l’un de
ses atroces serviteurs. Un Accusateur, d’après le savant Compagnon de Sire
Osric, qui confrontait chaque âme à des tourments ignobles et lâches, éprouvant
leur Foi durant leur sommeil. Armés de ce savoir, nous demandâmes aux Frères du
Temple de contrecarrer les plans du Démon sur le plan Spirituel en donnant
l’absolution aux âmes déchirées de Cursac. Ceci força l’immonde créature à
s’incarner pour revenir tyranniser les habitants au point du jour. Nous étions
préparés à l’affronter, et les forces conjuguées de la Juste magie de l’école
de notre Fondateur et des prouesses chevaleresques de Sire Wilfried bannirent
prestement l’Accusateur vers son détestable royaume d’origine. (Vous savez sans
doute comment fonctionne le système de prestige de la Maison de Flambeau, qui
m’oblige ici à signaler sans forfanterie que je fus le premier à frapper, et à
considérablement affaiblir le démon ; Sire Wilfried n’intervenant
qu’ensuite, comme galvanisé par sa propre violence cathartique – quel piètre
Milites aurais-je été si j’avais empêché ce Chevalier Chrétien d’éprouver la
Force de sa Foi ? Enfin, ceci n’a que peu d’importance pour vous, votre
Honneur. Veuillez m’excuser.) Nous restâmes une journée de plus afin de nous
assurer du succès de notre entreprise et du bien-être recouvré des malheureux,
et constatâmes qu’effectivement, les gens semblaient reprendre le cours normal
de leur vie.
ais la question en suspens était
celle-ci : qui avait invoqué le Monstre sur ces terres ? Mon savoir
en démonologie est faible, hélas, mais cette créature aurait sans doute dû être
beaucoup plus puissante pour choisir d’agir de son propre chef ici, et avoir
les moyens de ce faire… Notre enquête sur la misère morale de ce lieu amena
Guermond à nous rapporter ce qu’il avait vu, il y a environ deux ans de cela,
peu de temps avant que la Malédiction de Cursac ne prenne effet. A
savoir : une cavalière, seule, se présenta aux portes de la Commanderie et
y fut reçue. Elle y demeura peu de temps, et en ressortit d’humeur apparemment
contrariée (je ne puis confirmer ce fait, il résulte peut-être d’une
orientation a posteriori des souvenirs de cet homme). Les faits solides :
la jeune femme s’est annoncée aux portes de la Commanderie comme se nommant
« Dame Gwenifar », elle arborait sans discrétion la Spirale de la Maison
Tytalus, et à son départ de Cursac, elle ramassa une bonne poignée de terre à
quelque distance de la Commanderie. Un lien mystique, donc, mais à quelles
fins ? La chronologie des évènements m’amène à des soupçons de démonologie
interdite par l’Ordre, mais il vous appartient, votre Honneur, de faire la
lumière sur la vérité des agissements de « Dame Gwenifar » dans cette
affaire. Si sa responsabilité dans ce crime devait être confirmée par votre
enquête, je vous saurai gré de bien vouloir informer mon Alliance de la nature
de ses motivations, voire de ses éventuels commanditaires. Nous avons pensé à
des implications politiques et militaires. Le site semble important aux yeux
des stratèges, car durant notre court séjour, la Commanderie reçut la visite du
Chef même des Brabançons à la tête d’une troupe de trente hommes (le Chevalier
Wilfried l’a identifié formellement). Il est donc envisageable que la pression
physique ait été doublée par cette immonde pression morale…
Mais nous pouvons avoir été induits en erreur, car la tromperie la plus veule
est l’apanage de l’engeance du Diable. Nul n’est infaillible, nul n’est
omniscient. Je suis donc prêt à subir les conséquences de cette lettre si son
propos devait s’avérer injustement calomnieux à l’encontre d’une Consoeur, et à
fournir les réparations qui s’imposent dans ce cas.
uisse votre Sagesse nous livrer les clefs
de cette douloureuse affaire.
Vous souhaitant tout le succès possible dans votre entreprise de Justice au nom
du très honorable Ordre d’Hermès, et me tenant à votre disposition en cas de
besoin,
Très respectueusement,
Flavius Phlegeton, filius Aproctum, scholae Flambonis, miles
Flambonis.