Il est vrai que depuis sa disparition, beaucoup de choses avaient changées. Nous avions notamment réparé les toits, refait les murs de l’enceinte, ajouté un étage à l’un des principaux bâtiments. Nous étions tous impatients de savoir ce qu’il était advenu d’elle. Nous nous réunîmes tous dans la salle du conseil et nous laissâmes conter son voyage. Cette qu’elle nous dit fut des plus étrange. Elle était persuadée de n’être partie que durant quatre mois, et il fut des plus difficile de la convaincre que plus de huit saisons étaient passées depuis son départ. Elle était passée par le bassin qui se trouve dans le sous-sol de notre tour. Il semble qu’il s’agisse d’une sorte de portail. Cependant, il ne fonctionnerait pas tout le temps. Ce passage l’avait mené dans un premier temps dans un lieu étonnant. Sortie d’une tour identique à la nôtre, bien que présentant dans ses détails un certains nombre de différences, elle se trouvait en vue d’un château de grande beauté. C’est lorsqu’elle vit des poissons voler autour d’elle que la panique commença à la gagner, car manifestement, elle se trouvait sous l’eau, bien que capable de respirer comme si de rien n’était. Elle décida de ne pas s’engager plus loin et fit demi tour. Elle retourna à la tour et remonta dans le bassin. Malheureusement, lorsqu’elle reparu de « l’autre côté » , ce n’était pas la Chénaie des Pas Perdus, mais une autre tour, et un autre lieu. Elle replongea alors dans le bassin, une, puis deux, puis trois fois, réapparaissant à chaque fois dans un lieu différent. Finalement, elle déboucha dans une tour faite de pierres noires. A l’extérieur, tout était sombre. De hautes montagnes rocailleuses semblaient dominer les environs. Seuls quelques bruits lugubres perçaient la nuit sans lune. Il n’était pas question de demeurer ici plus longtemps. Elle fit volte face, marcha rapidement vers la tour, poussa la porte et tomba nez à nez avec une espèce de géant ventru qui la dominait de plus de un mètre. Il portait un heaume imposant ainsi qu’une cotte de maille complète. Je n’ose imaginer la frayeur de ma sodalis. Le géant n’étais pas des plus intelligent manifestement, mais il ne semblait pas lui vouloir de mal. A vrai dire, il en avait même peur. Elyabel pense que cela vient du fait qu’elle est magicienne. Ils ne purent discuter longtemps. Le géant ne s’exprime que par gargarismes et ils furent vite interrompu par une étrange équipée. Une meute de chiens-loups énormes, guidés par un cavalier étrange dont la monture et les compagnons avaient la faculté de voler à travers cieux. Il doit s’agir d’une sorte de chasse somme toute, tel qu’on y fait parfois allusion dans certaines légendes. Quoi qu’il en soit, cette chasse avaient pris pour cible Elyabel et son compagnon d’infortune, et ils ne trouvèrent de salut que dans la fuite, en repassant par le bassin. Tous deux débouchèrent sur une nouvelle tour, avec un nouveau bassin. Mais le lieu était plus agréable. La tour se trouvait au cœur d’une immense forêt luxuriante. Ils pouvaient là, somme toute, prendre un peu de repos.

Quelques temps plus tard, Elyabel, qui avait perdu de vue son compagnon, rencontra ce qu’elle nous a décrit comme étant un cerf de très grande taille. Il s’agissait d’un gardien, un de ceux chargés de protéger les entrées de l’Arcadie. Ainsi, la jeune mage était arrivé dans le royaume des fées. Il lui posa de nombreuses questions sur elle, ce qu’elle faisait ici, pourquoi elle venait, etc. Elle lui demanda à son tour si il savait comment revenir dans le monde des hommes. Le cerf pouvait la transporter, elle et le géant vers le monde des hommes, si elle le souhaitait. Malheureusement, les gardiens ne semblent avoir aucune notion de géographie mortelle, et Elyabel et le géant, dont elle apprit qu’il se nommait Wostan, se retrouvèrent au Nord de l’Italie, d’où il leur fallu effectuer le voyage de retour vers notre Alliance. C’était là le récit de son voyage.

Le Lendemain, au petit matin, un homme qu’Elvya identifia comme un mage se présenta à la porte de l’Alliance. Il désirait être reçu. Une fois dans la salle du conseil, il se présenta comme étant Nysakean de Tytalus, ce que son sceau nous confirma. Il venait en émissaire de Doïseteppe, la puissante alliance d’Automne des Pyrénées pour nous inviter au concours annuel des servants. Le prix en est l’accès à la fabuleuse bibliothèque de Doïseteppe pour deux saisons. Nous l’en avons remercié, mais nous étions tous beaucoup plus préoccupés par autre chose : le brouillard qui protège notre vallée avait disparu. Elyabel se rendit donc vers le Regio abritant les fées. Elle n’y trouva plus que désolation. Les majestueux arbres étaient décrépis et aucune fée n’était plus présente. Depuis une branche, un petit être à la peau grise et la voix nasillarde lui enjoint de quitter les lieux. Elyabel chercha à discuter avec l’être mais elle n’eut comme réponse qu’une volée d’insulte qui la mirent passablement en colère. Elle essaya de le combattre mais l’être s’avéra plus puissant qu’il n’y paraissait, et se transforma rapidement en une sorte de géant de pierre de quelques trois mètres de haut, capable de manipuler la terre. Un troll en fait. Elvya et Orialc étaient arrivés entre temps. C’est Orialc qui abattit le monstre grâce à l’un de ses sorts.

Elyabel était furieuse, d’autant qu’elle n’avait rien pû faire contre le Troll. Elvya de son côté était allé voir dans le second Regio, là où se trouvait le palais des fées. Mais même ce dernier avait disparu. A sa place, une magnifique corne ouvragée reposait sur une simple colonne de pierre. Cependant, il ne lui était pas possible de la prendre, car à chaque fois, celle-ci se transformait en pierre.

Afin d’en savoir un peu plus, grâce à l’aide de Saer Gaestum, Elvya pu convoquer une fée et obtenir certaines informations. Cette corne (une sorte de Trompe en fait) appartenait à un puissant guerrier du nom de Celiandel. Dans les temps anciens, la corne avait permis de faire tomber un brouillard désorientant ses ennemis, mais aussi de donner courage à ses hommes et semer la terreur parmi les troupes adverses. Aujourd’hui, pour se servir de la corne, il faut qu’Eliandel lui même la donne, à moins qu’il ne s’agisse d’un de ses héritiers qui lui seul pourra la porter.

Mais la fée nous apprit d’autres choses qu’Elyabel nous avait d’ailleurs déjà conté. La reine de l’hiver s’étendait. Elle chassait du royaume des hommes le Printemps, l’Eté et l’Automne. Ceci expliquait en tous cas la disparition des fées en ce lieu précis. Ceci expliquait aussi pourquoi les neiges n’avaient fondu que fin mars en cette même année 1200. Si la reine de l’hiver a décidé d’étendre son pouvoir sur les hommes, ceci devrait leur coûter fort cher.

Après un bref conseil, il fut décidé qu’Orliac se rendrait à l’abbaye de Grandmont pour chercher quelques informations dans leur Bibliothèque. Puis, Elyabel et Elvya iraient voir Hadrius, le mage Pieux de Rochechouart.

A Grandmont, mes compagnons découvrirent une légende relatant l’histoire d’un ménéstrel du nom de Gerin qui fut chargé par le duc de Berry de lever le maléfice que la reine de l’hiver avait jeté sur lui. Gerin lui-même était à le recherche de sa petite sœur, enlevée par cette même reine de l’hiver. Gerin parvint en fait à l’émouvoir et à passer un marché avec elle. Il put récupérer l’enfant et faire lever la malédiction du Duc de Berry. Ils apprirent aussi que c’est le père de Eudes de Rochebrune qui commanda ce livre. Il en avait écrit la trame principale. Ils découvrirent aussi dans une tour située à proximité de Grandmont un autre bassin pratiquement semblable au nôtre.

A leur retour, Elyabel et Elvya se rendirent à Rochechouart. Là Hadrius leur expliqua que la reine de l’hiver, qu’il avait rencontré par le passé, était un personnage qu’il fallait émouvoir pour obtenir quelque chose d’elle. Lui même, par le passé, avait réussi ce tour de force en lui offrant une rose qui naissait et mourait chaque « jour », si tant est qu’il est possible de parler de jour en Arcadie. Il se doutait qu’elle avait quelque chose à voir avec les hivers rigoureux que nous connaissions depuis la mort de Richard Cœur de Lion. Le Lion d’Angleterre ayant été un poète, il est possible que la Reine de l’hiver l’avait pris en affection et que sa mort l’a profondément attristé. Mais rien n’est moins sûr.

En tous cas, nous tenions quelques pistes, biens que la route me paraisse encore longue avant de parvenir à résoudre toutes ses difficultés. A cet instant, j’apprends d’ailleurs d’Elvya que la petite fille enlevée par la Reine de l’Hiver semble en fait avoir été Eudes de Rochebrune…