Mais tout porte à croire que la situation à l’intérieur des remparts de la ville est plutôt mauvaise. A l’extérieur, les conditions ne sont guère plus enviables. Partout, la nourriture vient à manquer et les routes sont sous le contrôle des Brabançons qui, à loisir, s’emparent de ce qui leur plaît. On ne compte plus les jeunes filles violées, les parents égorgés et les loups qui se jettent sur la première proie venue. Le cri des corbeaux emplit le ciel d’une sombre mélopée. La Neige, qui a recouvert forêts et villes, ne paraît pas aussi blanche que les années précédentes. Partout, l’odeur du sang, de la chair brulée, de la mort en somme, nous assaille. Quant à la vie de l’Alliance, si les réserves suffisent encore à tous nous nourrir, il ne faut pas que tout ceci dure trop longtemps. Nous nous sommes cloîtrés, évitant tout contact avec l’extérieur, dans l’espoir, que la tempête se calmera bientôt. Décidément, les mortels sont bien futiles et leurs rivalités pourraient nous coûter fort cher. Que ne connaissent-ils le Certamen…

Au cours du mois de Février, Adhémar VI a été tué par un batard de Richard, seigneur de Cognac, qui s’est allié à Hagen et ses hommes. Son jeune fils agé de 16 ans, Adhémar VII, a pris sa place. Mais il paraît fort inexpérimenté. Son Oncle, l’Evêque Amaury, récemment nommé par le Pape, gère la situation. Il a réussit à négocier une trêve avec Hagen. Il l’a fait Chevalier de l’Eglise et lui a accordé les terres de Chalucet, dont le seigneur, mort durant les combat, était vassal de l’Evêque. Ainsi, au cours du mois de Mars, le siège de Limoges a pu enfin être levé et les troupes de Hagen se trouvent désormais au sud de Limoges. Des provisions pourront être acheminées, mais il faudra probablement compter sur des convois venant du Sud et des terres de Toulouse plutôt que d’Aquitaine ou de la Marche. Espérons que nous pourrons avoir rapidement tout ce dont nous avons besoin.

Le mois de Février ne nous a pas laissé de répit. Outre ces évènements malheureux, une partie de nos hommes s’est rendue dans un petit village au sud de Limoges, Lastours. Nous avions entendu dire qu’il s’y passait de drôles de choses, dont un meurtre. Le mort avait été retrouvé le cœur arraché. Trois autres meurtres se sont ainsi déroulés : deux pélerins et un ermite furent ainsi tués. L’ambiance régnant dans le village était mauvaise : les colères et les disputes étaient particulièrement nombreuses. Le curé du village lui même, jeta au dehors un de nos compagnons déguisé en lépreux. L’ermite que l’on devait retrouver mort quelques temps plus tard nous indiqua cependant une petite vallée au milieu des bois qui avait une bien mauvaise réputation. Sur place, nous ne tardions pas à découvrir qu’il s’agissait d’un lieu hautement maléfique. Trois démons y résidaient. Ils s’étaient emparés des corps de trois mercenaires et avaient réuni autour d’eux quelques brabançons sans foi ni loi. Ils s’attaquaient ainsi aux croyants, profitant du climat de guerre pour semer encore davantage la terreur. Ayant réuni plusieurs hommes et sous la bénédiction de notre frère guillaume, notre petite troupe se rendit au repère des trois démons pour les combattre. Le combat fut bref, notre supériorité en nombre et la bénédiction de frère guillaume nous donnant un net avantage sur les démons. Ils périrent dans le sang et le feu. Notre troupe n’avait plus qu’à rentrer à la Chênaie des Pas Perdus.

Au Mois de Juin, nous tenions conseil. Plusieurs problèmes se posaient à nous. Depuis maintenant deux ans, nous n’avions aucune nouvelle d’Elyabel. Et nous ne pouvions bien entendu absolument pas entrer dans son labo pour voir ce qu’il en était. Il fut donc décidé d’aller quérir un Quaesitor. Je fus chargé de cette tache pour avant l’hiver.

Mais pour le moment, je me trouvais en grand désarroi. J’avais besoin de plantes particulières pour une de mes préparations, mais ne pouvais aucunement quitter mon sanctum. Heureusement, Elvya était disponible. Elle accepta d’aller pour moi à St Junien pour les récupérer auprès de l’herboriste qui me fournit habituellement. Elle partit avec Saer Gaestum, manifestement soulagé de pouvoir quitter son laboratoire pendant quelques heures. A Saint Junien, rien ne se déroula comme prévu. Arrivés à l’auberge, nos deux compagnons se rendirent compte que tous les clients étaient malades, à priori empoisonnés par la bière servie en ce lieu ! Arrivés à la boutique de l’herboriste, ils apprirent que ce dernier avait été dévalisé. Il ne lui restait plus rien. Menant leur enquête, Elvya et Saer Gaestum purent constater qu’à l’auberge sur les tonneaux de bières, comme dans la boutique de l’herboriste, des traces de griffures, comme celles d’un lynx, étaient bien visibles. Bien entendu, ces deux affaires ne manquèrent pas de retourner tout le bourg. Plusieurs plaintes furent déposées contre l’aubergiste, mais rapidement, un coupable fut désigné : un jeune gitan qui demeurait avec sa mère un peu en dehors de la ville. Pour comprendre un peu mieux ce qui se passait ici, mes deux sodale se rendirent dans le camp du gitan. Ils n’y rencontrèrent que sa mère, une vieille voyante aveugle. Celle ci leur expliqua que de vieux drames s’ourdissaient dans les basses fosses et les arrières courts. De lointains évènements resurgissaient aujourd’hui, et que le passé entraînerait les mauvais hommes vers l’enfer. Quatre étaient impliqués : l’herboriste, l’aubergiste, le juge et un rémouleur passant régulièrement en ville… De fil en aiguille, Saer Gaestum et Elvya comprirent que ces quatre étaient impliqués dans un viol et que le fantôme de leur victime faisait tout pour se venger, allant jusqu’à posséder sa propre fille pour parvenir à ses fins. Elvya et Saer Gaestum ne cherchèrent pas à interférer dans cette vengeance. Ils firent en sorte que la fille du fantôme et son père invalide puissent être accueilli à l’alliance, ainsi que le Forgeron de Saint Junien, qui, possédé par le fantôme, avait assassiné l’herboriste.